En Gaspésie, le printemps ne se mesure pas seulement au retour des oiseaux migrateurs ou à la fonte des glaces. Pour les nombreuses communautés côtières de la région, il commence véritablement lorsque les premiers crabiers partent en mer. C’est le début de la saison du crabe des neiges — un moment attendu autant par les pêcheurs que par les amateurs de fruits de mer.
Heureux d’un printemps
Chaque année, la pêche au crabe des neiges au Québec s’ouvre traditionnellement dans la zone 17, englobant une partie du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et de la Côte-Nord dans l'estuaire du Saint-Laurent.
Ce point de départ sert également de coup d’envoi pour les saisons de toutes les pêches commerciales de la province. Au-delà des pêcheurs, c’est toute la communauté qui se met en mouvement : transformateurs, poissonniers, restaurateurs, épiciers… Tout le monde fait le plein de crabe des neiges dans ses étals et l’affiche fièrement à son menu pour célébrer son arrivée avec appétit.
Une pêche courte, mais intense
Contrairement à certaines saisons de pêches qui s’étendent sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, celle au crabe des neiges est courte et très intense. Si elle peut techniquement s’étaler jusqu’à la fin juin ou début juillet, la majorité des pêcheurs ont souvent terminé leur récolte bien avant cela.
Il faut savoir que chaque pêcheur possédant un permis de pêche au crabe des neiges dispose d’un quota, c’est-à-dire la quantité maximale de l’espèce qu’il peut récolter pendant la saison. Celui-ci est déterminé chaque année par les autorités scientifiques et les gestionnaires de la ressource au ministère Pêches et Océans Canada. Dès que ce quota est atteint, la pêche se termine pour le pêcheur.
Règle générale, ils l’atteignent souvent vers la fin avril, juste à temps pour la saison de la pêche au homard, qui elle, commence habituellement début mai. Cela veut dire que leurs premières sorties en mer jusqu’à l’atteinte de leur quota respectif de pêche au crabe des neiges sont longues et laborieuses.
Pêche au crabe des neiges 101
Le tout commence vers 4 h du matin, heure à laquelle ils partent en mer. Ils vont y passer la journée pour déposer leurs casiers, certains à quelques kilomètres de la côte, et d’autres, à des dizaines de kilomètres au large. Seize casiers sont reliés à un même cordage, qui lui, est relié à deux bouées. Chaque casier possède également une étiquette fournie par Pêches et Océans Canada pour assurer la traçabilité de la pêche au crabe des neiges.
Sur le chemin de retour, ils relèvent quelques casiers pour ensuite rentrer au quai autour de 17 h. Puis, ils recommencent le lendemain, et ce, jusqu’à l’atteinte de leur quota. Un vrai ballet maritime!
Plus concrètement, cette pêche se pratique avec de grands casiers métalliques de forme ronde dans lesquels on accroche des filets de « bouette », c’est-à-dire des harengs qui serviront d’appâts pour les crabes.
Une fois les casiers remontés à bord, les crabes capturés sont triés immédiatement pour s’assurer qu’ils soient bel et bien de la taille légale, soit une carapace d’un minimum de 95 millimètres de large. Les crabes trop petits ou les femelles sont aussitôt remis à l’eau afin de préserver la reproduction et la durabilité de la ressource. Cette gestion stricte est essentielle : elle permet de maintenir les stocks de crabes tout en assurant la pérennité de l’industrie, si précieux aux Gaspésiens.
Un produit emblématique de la région
En Gaspésie, le crabe des neiges est un réel symbole gastronomique, en plus d’être un moteur économique majeur pour plusieurs ports de l’est du Québec. Les débarquements alimentent d’ailleurs les nombreuses usines de transformation qui s’y trouvent.
À peine débarqué, le crabe des neiges se retrouve rapidement dans les poissonneries, les marchés et les restaurants de la région. Puis, il se rend ensuite aux quatre coins de la province, au grand bonheur des mordus de fruits de mer!
Lors d’un séjour en Gaspésie, ça vaut le coup de visiter les restaurants qui mettent particulièrement à l’honneur les poissons et fruits de mer du Saint-Laurent. Voilà une délicieuse occasion de goûter à l’un des produits les plus emblématiques du Québec, directement à la source!
Et en Gaspésie, peu de plaisirs printaniers rivalisent avec celui de savourer un crabe des neiges fraîchement pêché, alors que la mer se réveille doucement après l’hiver.
Ce billet a été rédigé par Catherine Lefebvre, nutritionniste et productrice de contenu alimentaire.
Nos remerciements à Bertrand Desbois, pêcheur et propriétaire de la Poissonnerie Desbois à Matane, pour son temps précieux et son accueil généreux à bord de la Gaspésienne 51.
À lire également
-
5 poissons ou fruits de mer à savourer en Gaspésie
-
Où s'approvisionner pour un pique-nique en Gaspésie?
-
Saumons fumés gaspésiens