Les requins font partie intégrante de tous les écosystèmes marins et le golfe du Saint-Laurent n’y fait pas exception. Depuis quelques années, le requin blanc y est davantage observé, et la Gaspésie s’adapte à cette réalité. Que devez-vous savoir pour mieux comprendre le requin blanc et adopter les bons comportements en mer?
1. Y a-t-il des requins dans le golfe du Saint-Laurent, en Gaspésie?
Oui; des 28 espèces de requins répertoriées au Canada, 11 fréquentent les eaux du fleuve, de l’estuaire et/ou du golfe. Certaines sont totalement inoffensives pour l’humain, comme le requin pèlerin ou plusieurs petits requins côtiers. D’autres, comme le requin blanc, sont de grands prédateurs. Cela dit, les rencontres avec des humains demeurent extrêmement rares, et les cas d’interactions directes le sont encore plus.
Le requin blanc peut représenter un risque dans certaines conditions particulières, mais le danger réel pour les humains reste très faible. Comme l’ours noir dans les Chic-Chocs ou le grizzly dans les Rocheuses, le requin blanc fait partie de la faune sauvage. Son comportement peut devenir plus imprévisible dans certains contextes : mauvaise visibilité, présence de phoques, compétition pour la nourriture ou activités humaines comme la pêche.
La présence de requins dans le Saint-Laurent est une réalité naturelle avec laquelle il faut composer. La cohabitation demeure possible grâce à la connaissance, la prévention et l’adoption de comportements appropriés en mer.
2. Que faut-il savoir sur le requin blanc en Gaspésie?
Le requin blanc (ou grand requin blanc, Great White Shark en anglais) a acquis, comme le loup, une forte réputation dans la culture populaire, notamment au cinéma et à la télévision. Il n’est pas un animal inoffensif et il est vrai qu’il est un prédateur pouvant, dans de très rares cas, attaquer l’humain. Toutefois, le requin blanc n’est pas un monstre sanguinaire : c’est une espèce qu’il faut connaître et respecter, au même titre que le coyote, le loup ou l’ours noir.
Dans le golfe du Saint-Laurent, le requin blanc peut atteindre de 3,5 à 5 m (11,5 à 16,5 pieds). Son dos varie du gris plomb au gris brun au noir, tandis que son ventre est blanc. Il est le plus grand poisson prédateur de l’océan, mais peut lui-même être la proie de l’épaulard. Le requin blanc se nourrit d’à peu près toute proie morte ou vivante (mammifères marins, poissons, tortues, oiseaux, etc.) et il affectionne particulièrement le phoque, qu’il chasse en eau peu profonde. Les individus observés dans le Saint-Laurent sont surtout des juvéniles, présents de juin à novembre, suivant leurs proies et les conditions océaniques.
Au Canada, le requin blanc est classé comme espèce en voie de disparition depuis 2011. Sa population a fortement diminué au cours du 20e siècle, mais les mesures de conservation mises en place dans les années 1990 auraient mené à une « augmentation de l’abondance », selon le gouvernement fédéral. Aujourd’hui, le nombre exact d’individus dans l’Atlantique Nord-Ouest est inconnu, mais l’activité humaine reste la plus grande menace pesant sur l’espèce.
3. Pourquoi voit-on plus de requins blancs qu’avant dans le Saint-Laurent?
Le requin blanc est un résident saisonnier des côtes est et ouest du Canada depuis très longtemps, comme en témoignent des récits mi’gmaq. « Depuis 2019, les signalements ont explosé dans tout le Canada atlantique et au Québec », confirme l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS). « Ce regain reflète en partie le rétablissement de la population de requins blancs, qui semblent reconquérir progressivement leurs anciens terrains de chasse. »
« Nous ne croyons donc pas que la présence du requin blanc dans le Saint-Laurent soit liée de façon significative aux changements climatiques, poursuit l’ORS. L’augmentation récente des observations dans l’Atlantique Nord-Ouest résulte plus probablement du statut protégé du requin blanc et de l’une de ses proies principales – les phoques – ainsi que de l’omniprésence des téléphones intelligents, des réseaux sociaux, et d’une forte augmentation de la recherche scientifique et des études de marquage. Cette tendance devrait se poursuivre tant que le requin blanc sera une espèce protégée et que les humains prendront la mer. »
Autrement dit, si les observations augmentent et que la fréquentation humaine en mer demeure élevée, les occasions de croisement peuvent aussi augmenter. D’où l’importance d’adopter de bons réflexes en mer.
4. Comment éviter une rencontre avec un requin en Gaspésie?
La Gaspésie offre un accès privilégié à la mer. Quelle que soit l’activité pratiquée, la probabilité de croiser un requin blanc demeure extrêmement faible, mais elle n’est pas nulle. Heureusement, quelques habitudes simples permettent de réduire encore davantage ce risque de rencontre.
La première chose à faire est de bien vous informer. Comprendre le comportement des requins aide à relativiser et à adopter les bons réflexes. Ensuite, appliquez ces conseils simples lorsque vous serez en mer :
1. Choisir le bon moment et le bon endroit
Évitez les activités à l’aube, au crépuscule et la nuit, lorsque la visibilité dans l’eau est réduite et que certaines espèces sont plus actives.
Évitez les zones où l’activité marine est intense (bancs de poissons, zones de pêche, regroupements de phoques), car ce sont des secteurs où les requins peuvent chercher des proies, souvent en eau peu profonde.
Soyez attentif à la présence d’oiseaux marins plongeant pour se nourrir, signe de forte activité alimentaire dans la zone.
2. Avant d’entrer dans l’eau (préparation)
Lisez et respectez toujours la signalisation sur les plages.
N’entrez pas dans l’eau si vous avez une blessure qui saigne.
Sur une plage non surveillée, restez près de la rive, en groupe et en eau peu profonde.
Évitez les eaux troubles ou à faible visibilité, ainsi que les embouchures de rivière où les proies marines peuvent se concentrer.
3. Pendant l’activité (comportement dans l’eau)
Nagez, pagayez, surfez ou plongez en groupe.
Restez attentif à votre environnement en tout temps.
Limitez les mouvements brusques et les éclaboussures importantes qui peuvent être interprétés comme des signaux de proie en difficulté.
Évitez de porter des bijoux ou des objets très brillants qui peuvent refléter la lumière et attirer l’attention sous l’eau.
Ne tentez jamais d’appâter, de nourrir ou d’attirer un requin, même par curiosité.
Pour aller plus loin, consultez d’autres recommandations de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent.
5. Que faire si j’aperçois un requin dans l’eau ou près du rivage?
Si vous apercevez un requin, voici les bons réflexes à adopter :
1. Si vous êtes dans l’eau ou en activité en mer :
Gardez votre calme, évitez les mouvements brusques et prévenez les personnes autour de vous.
Sortez de l’eau le plus rapidement possible, sans précipitation.
Si vous êtes en kayak, canot, planche à pagaie ou toute autre embarcation, dirigez-vous calmement vers le rivage.
Restez face à l’animal autant que possible sans vous en approcher et évitez de lui tourner le dos.
Ne tentez jamais de toucher, appâter, nourrir ou approcher le requin, même depuis une embarcation.
Ne bloquez pas sa trajectoire et ne tentez pas de le repousser.
Une fois à distance sécuritaire, quittez la zone sans vous attarder.
En cas de blessure ou d’urgence, composez le 911.
2. Si vous observez un requin depuis un endroit sécuritaire (rivage, quai, bateau) :
Gardez vos distances et observez l’animal sans l’approcher.
Prévenez les personnes autour de vous afin que tout le monde soit au courant.
Profitez de la situation pour noter des détails utiles : lieu, heure, taille approximative, couleur, caractéristiques visibles, comportement, etc.
Prenez une photo ou une vidéo uniquement si cela peut être fait sans risque et sans vous approcher.
Après une observation, vous pouvez la signaler aux instances gouvernementales et scientifiques. Chaque signalement documenté nous aide à mieux comprendre les comportements des requins, donc à améliorer la prévention et la sécurité :
Pêches et Océans Canada : shark.mar@dfo-mpo.gc.ca ou consultez ce site web.
Observatoire des requins du Saint-Laurent : info@requins.ca.
6. Comment la Gaspésie s’adapte-t-elle à la présence de requins?
Les requins jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes marins, notamment en régulant les populations de proies. Leur présence dans le Saint-Laurent témoigne de la vitalité de cet écosystème riche et dynamique. Cela ne signifie pas un danger généralisé, mais plutôt un environnement océanique en évolution, auquel la Gaspésie s’adapte de façon proactive.
Dans les dernières années, les pratiques des entreprises touristiques gaspésiennes évoluent en fonction des connaissances disponibles et des conditions observées. Par exemple, selon les secteurs, les sorties de kayak de mer sont planifiées en tenant compte de la présence des requins – lorsque rapportée – et aussi de tous les rassemblements de phoques. Certaines activités de plongée sous-marine, comme celles proposées à Percé, ajustent également leurs sites selon les conditions du milieu.
Les opérateurs gaspésiens offrant des activités en mer sont conscients des nouvelles réalités engendrées par la présence de requins, et ils demeurent à l’affût des cas rapportés et des conseils en matière de sécurité. Ainsi, peu importe leur champ d’activités, les opérateurs adaptent leurs pratiques en fonction des informations disponibles, des signalements, des conditions en mer et surtout des recommandations des experts. De plus, selon leur secteur, bon nombre continuent de bonifier leur offre en activités d’interprétation pour contribuer à mieux faire connaître les requins auprès du grand public. Et lorsqu’un requin est observé directement, les opérateurs participent aux efforts collectifs pour rapporter l’observation aux autorités et disséminer l’information.
Si vous avez des questions sur une activité spécifique, n’hésitez pas à communiquer directement avec l’entreprise concernée. Elle vous expliquera comment ses pratiques tiennent compte de la réalité du milieu marin gaspésien.
7. Que retenir sur les requins en Gaspésie?
Comme l’ours noir fait partie de la réalité des randonnées en forêt, le requin blanc fait partie de celle des activités en mer. Il ne chasse pas les humains comme proie, mais il peut présenter un risque dans des conditions particulières. La présence du requin blanc dans le golfe du Saint-Laurent invite donc à la vigilance, mais souvenez-vous que les rencontres directes sont extrêmement rares et que les attaques le sont encore plus.
Mieux connaître les requins, comprendre leurs comportements, puis savoir comment réagir permet d’adopter les bons réflexes, peu importe l’activité pratiquée en mer. En restant informé et conscient des réalités de la faune marine, vous pourrez profiter pleinement de la mer gaspésienne, en toute sécurité et en toute confiance.
Pour en savoir plus :
Consultez le site de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent.
Consultez le Programme de rétablissement du grand requin blanc dans les eaux canadiennes de l’Atlantique (2025) du Gouvernement du Canada.
Consultez le Registre canadien des attaques de requins.
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